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Les aménagements dangereux : les pistes à géométrie variable

C'est un fait, un cycliste a besoin de moins d'espace qu'un automobiliste pour se déplacer. C'est d'ailleurs un avantage : là où les voies des automobiles nécessitent une largeur allant jusqu'à 3.7 mètres[1], le cycliste peut rouler sans problème sur une voie d'une largeur 3 fois moindre. Malgré tout, un cycliste a besoin d'un dégagement minimal pour circuler en toute sécurité. Or, cet espace minimal est souvent ignoré lors de la conception de bandes cyclables; pire encore, des rétrécissements impromptus et sans panneau annonciateur sont monnaie courante sur les rues et avenues de Québec. De même, le mauvais entretien d'une piste cyclable peut la rendre très dangereuse. Ce billet présente cinq situations typiques entrainant un danger accru pour les cyclistes.

Note

[1] Normes MTQ, Profils en travers, Tome 1, Chapitre 5

Boulevard Père-Lelièvre

Le lien cyclable du Boulevard Père-Lelièvre fait partie de ces petites pistes utilitaires qui permettent de relier plusieurs quartiers. D'une longueur d'un peu plus de 6 km, il traverse l'arrondissement des Rivières et constitue grosso modo l'unique lien cyclable entre l'Ancienne-Lorette/Neufchâtel et le centre-ville. La carte suivante présente son trajet en détail. axe_perelelievre.png

Ce n'est pas à proprement parler un beau trajet, mais il constitue un trajet efficace pour le cycliste utilitaire et c'est ce qui compte. Par contre, il est manifeste que l'implantation d'une bande cyclable a été faite un peu à la va-vite. Parfois, la piste est relativement large (le schéma de vélo sur le sol donne l'échelle, sa largeur devant être d'un mètre exactement selon les gabarits de Transports Québec) : IMG_20140823_085805.jpg

À d'autres endroits, ça se rétrécit : IMG_20140823_084405.jpg

Ça continue à se rétrécir et, finalement, on se retrouve avec une piste cyclable d'une largeur comparable à celle d'une bouche d’égout (par ailleurs renfoncée) : IMG_20140823_084709.jpg

Je ne peux que faire des suppositions, mais je pense comprendre qu'à certains endroits, l'ajout d'une bande cyclable d'une largeur compatible avec les normes du MTQ (qui préconisent une largeur de 1.5 mètre excluant la ligne blanche, 1 mètre étant qualifié d'espace de manœuvre vital)[1] aurait entrainé un rétrécissement des voies de circulation automobile en deçà de ces mêmes normes du MTQ. Au lieu de considérer la réfection des sections de route en problème, il a sans doute semblé plus simple à l'ingénieur/urbaniste responsable de réduire la voie cyclable à une peau de chagrin. Après tout, ce ne sont que des vélos, ce n'est pas comme si leur sécurité était réellement importante...

De plus, ces rétrécissements surviennent sans signalisation ou avertissement préalable. Un moment, vous roulez tranquillement sur une bande cyclable d'un mètre et demi, et l'instant d'après vous vous retrouvez avec une voie de circulation plus étroite qu'une bouche d'égout. Surprise garantie, autant du côté du cycliste que de celui de l'automobiliste qui voit soudainement le vélo empiéter sur sa voie alors qu'aucun avertissement n'indique la fin de la bande cyclable...

Montée vers St-Louis (avenue des Hôtels)

L'avenue des hôtels permet aux cyclistes de relier le pont de Québec et le chemin Saint-Louis (et éventuellement le reste de Ste-Foy et Sillery). La bande cyclable qu'on y trouve n'est pas très longue, mais illustre bien la légèreté avec laquelle ces aménagements sont mis en place. Précisons d'abord que cette route monte vers le chemin St-Louis, via une côte pas forcément très longue, mais relativement à pic. Un cycliste qui grimpe a naturellement tendance à louvoyer un peu plus, et donc techniquement besoin d'un peu plus d'espace qu'à l'habitude. Ce n'est pas que moi qui le dit, on retrouve une précision semblable dans les normes du MTQ sur la conception de pistes cyclables :

Dans une montée abrupte, le cycliste a également besoin d’un corridor un peu plus large, puisqu’il a tendance à louvoyer pour garder l’équilibre. Les pistes cyclables doivent donc être plus larges dans les pentes.[2]

Sachant cela, qu'est-ce qui a été réalisé? Une piste cyclable de moins d'un mètre de large (je rappelle que le dessin de vélo sur la chaussée fait quant à lui exactement un mètre et donne ainsi l'échelle) :

IMG_20140810_085527.jpg

En haut de la côte, ça en devient risible. Non seulement la bande cyclable se rétrécit encore, mais elle côtoie aussi un poteau téléphonique remarquablement mal placé :

IMG_20140810_085623.jpg

Que dire de plus? Répéter que l'étroitesse de cette bande cyclable crée des situations dangereuses? Rappeler que cet aménagement n'est absolument pas aux normes? Étant donné que cet état de fait perdure depuis des années, je ne suis pas certain que ça change grand-chose...

Piste de la rivière Beauport

Cette piste cyclable est relativement peu connue du public. Prolongation du Corridor des Beauportois, elle permet de relier le haut de Beauport et de Charlesbourg au fleuve. Comme le montre la carte suivante, cette piste est l'un des seuls (sinon le seul) liens nord-sud officiels du secteur (sur la carte, elle est juste au-dessus du "Bourg du Fargy").

beauport.png

En l'état, cette piste cyclable devrait donc être minimalement entretenue, d'autant plus qu'on y trouve une pente loin d'être modérée (au point où la piste est techniquement interdite aux patins à roulettes...). En pratique, la ville semble avoir oublié qu'il y avait une piste cyclable dans le coin. La pente (je n'ai pas de mesure exacte, mais elle est d'au moins 15%, et avec un virage serré juste en bas) est actuellement dans cet état : IMG_20140823_112308.jpg

Plus loin on retrouve aussi depuis longtemps un trou que je qualifierais de quasi majestueux, dont la réparation semble ne pas vraiment urger : IMG_20140823_112451.jpg

À tout cela s'ajoute une myriade de crevasses, de bosses et de nids de poule tels que malgré l'asphaltage de la piste, j'en suis presque rendu à recommander un vélo de montagne pour s'y rendre. Résultat : vous venez de comprendre pourquoi il y a autant de cyclistes sur l'avenue St-David.

Véloroute Marie-Hélène Prémont

La Véloroute Marie-Hélène Prémont est un circuit cyclable reliant (grosso modo) Boischatel au Mont-Ste-Anne, en passant par le bord du fleuve et le Chemin du Roy. Cette véloroute constitue la continuité du Corridor du Littoral et fait partie de la Route Verte (#5) et du Sentier Transcanadien. C'est aussi le seul circuit cyclable (de route) de la Côte de Beaupré. En l'état, on est donc en droit de s'attendre à ce que ce soit aménagé à peu près correctement, et, bien franchement, c'est le cas la plupart du temps.

Cependant, on tombe quand même parfois sur des sections un peu étrange. Par exemple, à un moment vous roulez tranquillement sur une belle piste large et nouvellement asphaltée : IMG_20150725_133644.jpg

Mais 500 mètres plus loin, vous vous retrouvez sur une piste qui semble plus destinée à la circulation des fourmis qu'à celle des cycliste : IMG_20150725_133913.jpg

Regardez la largeur du cycliste : même avec un guidon de vélo de route (moins large qu'un guidon droit), le cycliste est déjà plus large que la piste! Même pour une circulation unidirectionnelle, cette piste serait considérée comme étroite — on est dans les alentours du 1 mètre d'espace vital tel que défini par le MTQ — mais pour une circulation bidirectionnelle, c'est carrément risible. Si on ajoute le fait qu'en tant que section du Sentier Transcanadien, cette piste est aussi piétonne, ça devient... en fait, je ne sais pas trop ce que ça devient, je manque de superlatifs pour qualifier la chose...

Le pire, c'est qu'il y aurait eu une myriade de solutions faciles à mettre en place pour élargir la piste. Premièrement, la rue sur laquelle la piste passe est une rue résidentielle (ce n'est pas le Chemin du Roy), déjà limitée à 30 km/h (on voit le panneau en arrière plan) et clairement dédiée à une circulation automobile locale. En quoi aurait-il été problématique de réduire la largeur des voies automobiles pour donner un peu plus de place aux cyclistes? Deuxièmement, il aurait été facilement possible d'élargir l'emprise asphaltée elle-même : en dehors du poteau qu'il faudrait potentiellement déplacer (encore qu'il y a de la marge), il n'y a aucun obstacle à gauche de la voie cyclable!

Bref, encore une fois, un rétrécissement soudain et dangereux qui aurait été facilement évitable si quelqu'un s'était donné la peine d'y réfléchir un peu...

Chemin St-Louis

Lorsqu'un problème se présente, il y a généralement trois façons de réagir : l'ignorer, le résoudre ou couvrir ses arrières en le rendant sans objet. En général, en ce qui concerne les cyclistes, les autorités semblent privilégier la première option, avec parfois quelques éclairs de génie entrant dans la seconde catégorie. Malheureusement, le troisième choix est lui aussi souvent fait. Le cas du chemin St-Louis en est un exemple éclairant.

Avec le Chemin des Quatre-Bourgeois, le Chemin St-Louis constitue le lien cyclable principal entre Cap-Rouge, Pointe-Ste-Foy, Sillery et Montcalm. Il fait d'ailleurs partie de la Route Verte (#5) sur une bonne part de son trajet. La bande cyclable était cependant affectée d'un problème quelque peu ennuyeux : l'étroitesse du Chemin St-Louis était parfois telle que la bande cyclable n'était même plus assez large pour englober les bouches d'égout... La largeur de la bande variait donc régulièrement, passant d'un large corridor à une voie plus adaptée à la circulation des fourmis que des vélos.

Mise au fait de la situation, la ville de Québec commença d'abord par utiliser l'option #1, soit ne rien faire et ignorer le problème. L'année dernière, toutefois, la situation a évolué! Peut-être n'est-ce pas sans rapport avec le volume important de cyclistes empruntant cette artère, peut-être est-ce la suite de plaintes, je ne sais trop. Quoi qu'il en soit, la ville a cessé d'ignorer ce problème et a mis en place une solution.

La solution en question? Supprimer la piste cyclable. Maintenant, quand un cycliste approche d'une zone où l'ancienne bande cyclable se révélait trop étroite, voici ce qu'il voit : IMG_20140810_090235.jpg

La piste cyclable se termine ainsi (seulement d'un côté de la route), brutalement.

Bon. J'aimerais profiter de ce billet pour procéder à une clarification importante. Mesdames et messieurs les urbanistes, ingénieurs civils, conseillers municipaux et autres planificateurs, si votre solution à un problème de piste cyclable est de supprimer la piste cyclable, alors nous avons un autre problème sur les bras : votre incompétence. C'est dit crûment, j'en conviens, mais ça n'en reste pas moins vrai.

Que diriez-vous si, en réponse aux problèmes de congestion sur le Pont Pierre-Laporte, un urbaniste suggérait la destruction du pont? Je pense que le qualificatif qui serait le plus utilisé pour qualifier cette personne serait effectivement incompétent. Pourtant, cette proposition règlerait la congestion à coup sûr; ça n'en fait pas pour autant une solution. C'est un déni du problème. À ce compte-là, il existe une solution bien plus globale pour assurer la sécurité des cyclistes : interdire le vélo. Clair, net et ça supprime automatiquement toutes les situations dangereuses.

Et ce n'est pas tout! Qu'en est-il des endroits où la bande cyclable était juste étroite, sans être ridiculement étroite (attention, la différence est subtile)? Eh bien rien n'a changé. Par exemple, la photo suivante montre bien un rétrécissement de la bande cyclable, qui devient à peine plus large qu'une bouche d'égout : IMG_20140810_085744.jpg

Petit addendum informatif : pour ceux qui se demandent quelle était la largeur de la piste avant la "résolution du problème", on peut encore voir les anciennes lignes délimitant la bande cyclable, celles-ci ayant simplement été recouvertes de peinture noire : IMG_20140810_090433.jpg Sur la photo suivante, j'ai mis en évidence cette ligne, histoire de bien montrer à quel point l'espace des cyclistes était étroit : IMG_20140810_090433_2.jpg

Conclusion

Les cas présentés dans cet article ne sont pas des situations isolées. Bien au contraire, des cas semblables se présentent à intervalles réguliers sur le réseau cyclable. À force d'y être confrontés, la plupart des cyclistes réguliers ont appris à faire avec. Certains cyclistes utilisent d'autres artères (qui, même si elles ne sont pas forcément désignées comme itinéraires cyclables, sont moins dangereuses); d'autres roulent systématiquement sur la ligne blanche voir légèrement à gauche de celle-ci afin de se donner une marge de manœuvre le cas échéant. La plupart du temps, ces comportements sont mal vus des automobilistes qui jugent pour la plupart sans trop s'interroger sur la raison qui pousse les cyclistes à se comporter ainsi (non chers automobilistes de mon cœur, ce n'est pas parce qu'on veut vous énerver et montrer qu'on est les meilleurs, sortez-vous cela de la tête).

La suppression de la piste sur le Chemin St-Louis est très révélatrice du caractère optionnel qu'a le cyclisme dans l'esprit de beaucoup de gens. Pour ces personnes, si on peut faire une piste cyclable sans gêner aucunement les automobilistes, ça va, sinon mieux vaut ne rien faire du tout. C'est de cela aussi que je parle lorsque je dis que les mentalités doivent changer. Le cyclisme est un moyen de transport à part entière, pas seulement le purgatoire de personnes trop pauvres pour se payer un char, de sportifs fous ne pensant qu'à leur rythme cardiaque ou de bobos enverdeurs (pour reprendre l'expression souvent utilisée par les détracteurs des cyclistes) obsédés par leur empreinte carbone. Supprimer une piste cyclable ne change théoriquement pas grand-chose : les cyclistes peuvent toujours rouler sur le Chemin St-Louis en toute légalité. Ce qui est inacceptable et lourd de conséquences, c'est plutôt l'image que ça renvoie...

Notes

[1] Normes MTQ, section 15.4.2.2 : Largeur des voies cyclables

[2] Normes MTQ, section 15.4.5.2 : Surlargeur des pistes cyclables dans les pentes

Commentaires

1. Le mercredi, septembre 5 2018, 09:53 par Stephanie

Jai emprunté la piste cyclable hier après mon travail celle qui est a côté du parc de lerrets sur la rue de l'espiney elle est vraiment en mauvaise état grosse bosse que je n'ai pu éviter à temps et il avait d'autre cycliste qui passait du sens inverse donc jai eu une grosse chute je me suis erraffler le genou l'épaule la main et la hanche ... mon vélo est très abîmé par chance que jetais pas seule une dame piéton ma aider à me relever et reprendre mes esprits..
Je voudrais faire appel à une plainte selon les dommages causés.

2. Le mercredi, septembre 5 2018, 15:29 par Le zoïle à pédales

@Stepanie

Vous parlez bien de la piste qui fait le lien entre la rue de l'Espinay et Eugène-Lamontagne? Effectivement le revêtement y est tres abimé à certains endroits. Je vous encourage à faire deux choses :

1) Signaler officiellement la situation dangereuse à la ville (https://www.ville.quebec.qc.ca/nous... section "Demande d'intervention"). Je doute qu'il se passe quoi que ce soit, mais à tout hasard, c'est toujours mieux que de ne rien faire.

2) Faire une demande de réclamation à la ville de Québec. Le formulaire (au moins pour les dommages matériel) est disponible ici : https://www.ville.quebec.qc.ca/serv...

En ce qui concerne les dommages corporels, c'est celui là : https://www.ville.quebec.qc.ca/services/formulaires/docs/reclamation_dommage_corporel.pdf

Transmettez-le sans délai et assurez-vous d'obtenir une confirmation officielle de sa réception par la ville. Selon leur réponse, vous pourrez par la suite envisager d'aller plus loin, selon votre motivation.
Vélo-Québec possède aussi quelques explications à ce sujet ( http://www.velo.qc.ca/transport-act... cas #5).

En espérant que vous aurez gain de cause! N'hésitez pas également à me contacter via mon adresse courriel (auteur (a commercial) unzoileavelo.ca) si vous aimeriez avoir plus d'information!

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