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Les aménagements dangereux : pistes cyclables à double sens et croisements

La plupart des gens tiennent pour acquis que les cyclistes sont plus en sécurité sur une piste ou bande cyclable que sur la route. Ce billet présente un contre-exemple montrant que ce n'est pas forcément le cas, particulièrement si l'aménagement cyclable est mal conçu, et qu'il peut être plus sûr pour un cycliste de ne pas emprunter la piste cyclable, sans que cela n'ait de conséquences négatives sur les autres usagers de la route.

Les aménagements cyclables peuvent être de plusieurs types, comme nous le précise bien le Ministère des Transports du Québec. Parmi ceux-ci, la bande cyclable se définit comme une voie aménagée en bordure de la chaussée. Bien que les normes du MTQ préconisent de ne jamais mettre en place une bande cyclable bidirectionnelle[1], cet aménagement est, dans les faits, plutôt commun. De manière générale, ce type de piste cyclable ne pose pas de problème, à l'exception (tout à fait bénigne me direz-vous) des intersections. Voyons pourquoi.

Vue générale d'une intersection avec bande cyclable bidirectionnelle

L'image suivante, tirée de Google Earth, présente la vue aérienne d'une intersection dangereuse, dans ce cas-ci le croisement du Boul. Mathieu et du Boul. Louis-XIV à Charlesbourg). La piste cyclable située sur le côté gauche de la rue a été rehaussée en vert. coin_dangereux_2.jpg

Où ça, une situation dangereuse?

Lorsque le cycliste arrive dans le sens de la circulation (dans ce cas-ci, du "haut" de la carte), il n'y a pas vraiment de problème. Bien entendu, tout cycliste croise régulièrement la route d'automobilistes persuadés d'avoir priorité sur lui lorsqu'ils tournent à droite, mais en général ça se passe bien. Le problème survient lorsque le cycliste arrive de l'autre côté. Voici ce qu'il a devant lui, un peu avant l'intersection : IMG_20140823_110344.jpg

On remarque d'abord qu'il n'y a aucun panneau indiquant aux cyclistes d'utiliser le feu piétonnier : ceux-ci doivent donc passer sur la lumière verte. Jusque là, rien de très anormal. Percevez-vous la situation dangereuse ici? Pour vous aider, voici une nouvelle image, prise quelques instants plus tard : IMG_20140823_110346.jpg

Le feu de circulation semble éteint parce que le feu vert est clignotant. Maintenant, voyez-vous le problème? Si vous étiez le conducteur de la voiture rouge, auriez-vous pensé à regarder derrière vous, à votre gauche pour vérifier la présence d'un cycliste, particulièrement considérant la présence d'un virage protégé au feu vert? Bien peu de gens répondront positivement à cette question. Le cycliste empruntant la piste cyclable se retrouve donc en danger de manière relativement subite. Par comparaison, le cycliste qui aurait décidé d'emprunter directement la rue et de rouler du même côté que les automobilistes serait en sécurité, en roulant dans le sens du trafic. Paradoxal, non? Il n'en reste pas moins que cette situation très dangereuse persiste depuis des années à plusieurs endroits.

Parmi les autres endroits touchés, on peut citer l'intersection du Boul. Cloutier et du Boul. Louis-XIV (toujours à Charlesbourg) : IMG_20140823_105601.jpg

On retrouve aussi la piste cyclable reliant le Boul. Wilfrid-Hamel à la rue St-Paul, à Ste-Foy : IMG_20150524_155755.jpg

On retrouve également la piste cyclable de la 8e avenue, à Limoilou, sur une bonne partie de sa longueur (l'intersection 8e avenue / 18e rue étant particulièrement problématique, de même que l'intersection avec le chemin de la Canardière). Les habitués de ces pistes cyclables connaissent généralement bien ces intersections dangereuses et agissent en conséquence, mais un utilisateur occasionnel ne manque pas d'être surpris lorsqu'une automobile surgie de nulle part lui coupe la route.

Dans tous les cas, ces situations montrent une facette de l'insouciance des concepteurs des infrastructures cyclables face à la sécurité des cyclistes. Je suis par ailleurs loin d'être le premier à pointer du doigt ces configurations et les dangers qu'elles apportent[2]. Quand il s'agit d'ajouter un panneau d'arrêt inutile ou un panneau forçant les cyclistes à utiliser le feu piétonnier sans raison, il n'y a aucun problème; par contre, lorsqu'il faudrait réellement réfléchir et mettre en place un aménagement spécial pour assurer la sécurité de tous, c'est bizarre, tout à coup "on s'en passe", et tant pis si ça ne rencontre pas les normes du MTQ...

Notes

[1] Normes MTQ, Chapitre "Voies cyclables", Section 15.3.2.1

[2] Voir par exemple : Projet pilote de voies cyclables séparées, datant de 2010, ou Les aménagements cyclables: un cadre pour l’analyse intégrée des facteurs de sécurité, réalisé par l'INSPQ (on ne parle donc pas d'une étude faite au bout du monde)

Commentaires

1. Le vendredi, juillet 26 2019, 08:44 par Mario Grenier

Je pense te l'avoir déjà écrit, mais juste au cas où je ne l'aurais pas fait, je tenais (encore?) à te remercier pour le travail de pédagogie que tu fais.
Un source inestimable d'information quand vient le temps de confronter les dénigreurs de tout acabit des déplacements à vélo,

2. Le samedi, juillet 27 2019, 10:35 par Le zoïle à pédales

@Mario Grenier

Merci beaucoup du bon commentaire, ça fait toujours plaisir de voir que ce que l'on fait est apprécié! J'ai été moins actifs ces derniers temps pour des raisons professionnelles, mais j'ai une bonne banque d'articles dans les cartons, qui devraient sortir prochainement!

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